Anouk Felix

L'une des excellentes surprises du concours fut la nouvelle de cette jeune adolescente de 11 ans, collégienne au collège Carpeaux de Valenciennes.

 Il manquait peu, j'avoue, pour qu'elle remporte le concours, tant sa plume est maîtrisée ainsi que le déroulement du récit. 

  Toutefois, Garance proposait un texte qui semblait d'emblée correspondre davantage au genre fantastique, plus particulièrement celui du genre Terreur, lignée dans laquelle s'inscrivent mes propres nouvelles. 

 Mais je tiens à la féliciter pour son remarquable travail et son impressionnante imagination. 

 Nul doute que nous tenons là une probable future auteure fantastique, en tout cas, elle en a déjà l'étoffe.  

  Voici donc le texte qui se nomme Zaequadra (la galaxie des esprits).

 

       Il y eut un déclic. Elle leva la tête. Au-dessus d’elle les formes s’alignaient. Quelques secondes et elle ne serait plus la même. Le temps de tout changer, de recommencer, de se transformer. Elle redressa la tête, inspira lentement et se retourna : elle était prête. Elle franchit le seuil de lumière. Elle serra son amulette contre sa poitrine. Maintenant.

       La détonation eut lieu, comme prévu elle entrait dans la Zæqūadrå, la galaxie des esprits. Ceux qui y étaient partis n’étaient jamais revenus, ils l'avaient prévenue. Elle observa autour d’elle. Elle était seule. La chute l’ayant projetée au sol, elle se releva doucement. Elle expira lentement et enleva son masque, un flot de cheveux roux dégringola sur ses épaules. Elle avança prudemment. Autour d’elle apparaissait lentement le paysage. Au fond d’elle quelque chose lui disait qu’elle était au bon endroit. Il lui semblait reconnaître ce paysage à la fois calme et hostile. Elle passa sa main dans ses cheveux, signe d'interrogation chez elle. Elle se fraya un chemin à travers les herbes. Elle observa les alentours et se dirigea vers le nord. Comme sa mère et sa grand-mère auparavant elle se sentait guidée par une voix intérieure. Son instinct la mena à un petit lac près d’une grotte.

     Elle soupira en sentant la peur la gagner. Elle releva la tête : elle avait une mission. Alors, elle rentra, déterminée, dans la grotte. Il n’y avait pas de lumière et pourtant elle avançait, sûre d’elle.

      Dans la grotte il faisait frais. La jeune fille laissait ses mains glisser le long des parois, se fondant avec le corps de cet antre. Soudain il y eu un cliquetis, elle sursauta. Une lueur bleue emplie la caverne, au centre, sous un dôme de pierre, un autel avec une encoche capta son attention. Elle s’avança avec prudence : ils avaient des oreilles…Elle s’inclina légèrement pour ne pas les brusquer. Elle enleva son médaillon et le déposa au centre de l’autel, dans l’encoche. Rien.

         Rien ne se produisit. Elle s’inquiéta : avait-elle oublié un élément pour que cela fonctionne ? Une brise légère la décoiffa. Elle paniqua ils arrivaient. Son instinct lui disait de s’enfuir mais elle ne devait pas décevoir les siens.

~

      Elle venait de la planète Lalliath. La plupart des habitants de cette planète étaient des exilés. Elle non. Bien sûr, elle avait des aptitudes comme tous les habitants de la planète, elle avait simplement des aptitudes différentes, ce qui, au final faisait d'elle une exilée, une "autre".

       Depuis toute petite elle savait « voyager » c’est-à-dire quelle pouvait se déplacer dans le temps et l’espace, cette aptitude se transmettait de père en fille, jusque-là aucun problème, mais la petite avait commencé à « voir » les esprits. Autrement dit elle pouvait voir au plus profond des êtres et rencontrer leurs âmes. Elle n’avait jamais avoué ce secret qui était un poids pour elle. A chaque fois qu’elle regardait quelqu’un elle lisait en lui comme dans un livre ouvert, elle entendait les esprits parler d’elle comme d’un objet et ne se reposait presque plus. Elle était épuisée. Alors quand ils avaient recherché un VTT (Voyageur Temporel Téléportable) pour rencontrer le passé, elle n’avait pas hésité c’était l’occasion pour elle de se libérer de ce poids et pour cela elle avait besoin d’être seule.

~

         Elle inspira et se calma. Elle s’agenouilla devant l’autel et chanta. Aussitôt la brise cessa. Ils avaient cessé. Elle continua à chanter et se releva, elle enfonça un peu plus le médaillon et un clic retentit. Les deux blocs de pierre présents sur les côtés de l’autel s’assemblèrent. Une brume l’enveloppa et elle sentit leur présence. Elle s'engouffra dans le tunnel qui se présentait devant elle et ferma les yeux. Elle plongea vers le 15 avril 2137, le jour de l'anniversaire de ses 4 ans, le jour où son existence a été bouleversée.

~

       Ses souvenirs était flous. Elle tentait de se remémorer le début de cette journée troublante où sa vie avait changée. Elle se souvenait que sa Mamïtaa, grand-mère, lui avait donné en cadeau une amulette bleue. Au dos de celle-ci une inscription avait été gravée : "tuum sequere cor". Suivez votre coeur. Elle avait gardé l'amulette pour la nuit et, au matin elle avait « lu » dans sa famille. Depuis elle « lisait » constamment dans les gens. Elle ne choisissait pas si elle « lisait » ou pas, tout se faisait naturellement, elle n’y pouvait rien. Elle avait appris beaucoup de choses sur les gens rien qu’en les regardant, mais quand vous voyez ce qu’ils pensent de vous…

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        Quand elle rouvrit les yeux, elle n’avait pas bougé. Elle fut déçue. Elle avait espéré se déplacer les yeux fermés comme dans les récits de J.C.M. (Jack Chistofer Muldon) qu’elle empruntait en secret à la bibliothèque du garou. Mais en observant bien elle remarqua une fente dans la cavité, elle en était sûre cette fente n’y était pas avant. Elle s’approcha et regarda à l’intérieur. Elle passa sa main et retira un papier plié en quatre. Elle le déplia. L’écriture était en partie effacée et elle lut ceci :

Le chemin mène au destin, le nom au code. Arrière

      Elle continuait d'avancer en réfléchissant. Qu’est-ce que cela signifiait ? Elle s’arrêta devant un cercle tracé au sol, chaque morceau du cercle représentait une lettre de l’alphabet.

Le chemin mène au destin, le nom au code. Arrière

       Il fallait lire les lettres communes à l’envers ! Onie. Elle essaya d’appuyer sur les lettres. Sans résultat. Elle relut le message. L’évidence la frappa.

      Quand sa mère était allée à une conférence sur la magie, elle ne s’était pas posé de question. Mais sa mère était une « soubbat » c’est-à-dire qu’elle n’avait pas de pouvoirs. Mais elle savait, elle savait que sa fille était différente et c’est pour ça que sa mère, la Mamïtaa de sa fille, lui avait offert cette amulette, c’était pour la protéger. Ce n’était donc pas l’amulette qui était magique mais elle. Pourquoi elle. Parce que. Parce qu’elle était différente, différente de nom.

       Elle appuya donc sur les lettres pour former ce code : Aael Onie. Onie signifiait ceux en Slovène sa langue paternelle. Aael ceux. « Ceux qui s´appelaient Aael » La paroi s’ouvrit pour laisser passer la jeune fille. Derrière ces murs se dressait un jardin immense décoré de fleurs printanières et d’arbres fruitiers. C’était le Do-Da le jardin des esprits. Elle avança sur le chemin de galets et arriva à une muraille de fleurs. Elle entra. Personne. Elle continua de suivre le chemin de galets qui partait à l’intérieur de la muraille. Elle déboucha sur un carré de terre d’où émergeait un mécanisme rouillé. Elle l’actionna avec difficulté et rentra dans la machine.

      Un éclair de lumière l’aveugla et elle tourna sur elle-même avant d’atterrir sur le temple du temps. Elle avait réussi, réussi sa mission et elle était revenue indemne, elle descendit les marches du temple et vit l’horreur devant ces yeux : des cendres, des ruines, rien n’était pareil depuis qu’elle était partie. Elle regarda la tour de la ville, qui, par miracle tenait encore debout et vit la date : août 4789. Cela faisait 2693 ans qu’elle était partie.

     Elle s’assit sur les marches et pour la première fois depuis 9 ans, elle pleura. Elle se releva, descendit les marches et courut vers sa maison qui n’était plus qu’un tas de pierres, dans les décombres, elle aperçut son livre préféré. Elle s’assit sur un amas de pierre, triste, désespérée. Soudain elle crut rêver, elle vit sa mère et sa grand-mère descendre les marches du temple, elle courut vers elles.

     Des retrouvailles, quelques explications plus tard elle apprit que sa Mamïtaa pouvait elle aussi voyager et que sa belle-fille l’avait entraîné à sa recherche. Sa mère était fière d’elle et Aael se sentit libérée d’un poids énorme. Elles marchèrent au milieu des décombres avec une envie : tout reconstruire.

 

                                       « Il y a toujours une bonne raison pour être heureux »